Naïve


Il était une fois, dans le plus beau, le plus grand et le plus haut des royaumes, une fille de forgerons appelée Naïve. Cette douce et jeune fille possédait tout pour être heureuse : sa beauté rayonnait sous les rayons du soleil, son élégance faisait chanter les oiseaux et son père, si fier de son enfant, lui forgeait des tonnes de bijoux et de cadeaux pour éveiller son sourire encore plus. Malgré tout cela, Naïve avait un regard vide, sans épanouissement. La jeune fille se sentait seule au fond d'elle-même et son voeu le plus cher était de rencontrer l'homme parfait, celui qui saurait éveiller son sourire, étinceler son regard, combler ses vides et enflammer son coeur.

Un bon matin ensoleillé, son père avait reçu une commande d'armements pour les chevaliers du château et devait les livrer lui-même. Sa fille adorait aller là-bas avec lui. Le château était un endroit merveilleux et la jeune fille adorait se promener dans les vastes couloirs pendant qu'elle en avait la chance. Ce jours là, elle tomba nez à nez avec l'un des chevaliers. Son coeur fit plus d'un bond lorsque son regard se plongea dans le sien. C'était le plus grand de tous, ses yeux noirs comme la nuit rendaient son regard perçant, donnant l'impression qu'il savait lire chacune de ses pensés. Un grand sourire se dessinait sur son visage, lui donnant un air confiant et sa longue chevelure rousse qui tombait jusqu'au milieu de son dos, bougeaient telles des flammes donnant à l'homme une posture digne des héros légendaires. Rien qu'en le regardant, elle sentait son coeur battre si fort, qu'elle avait l'impression qu'il essayait de sortir de sa poitrine.

« Bonjour jeune fille. A qui ai-je l'honneur? » Dit-il. « Je... bon-bonjour... Je m’appelle Naïve... » bafouilla celle-ci. La discussion fut plutôt brève, car le guerrier fut appelé par le roi. La jeune fille regarda sa nouvelle rencontre s'éloigner et poussa un long soupire, puis retourna ensuite rejoindre son père. Naïve, perdu dans ses pensés, espérait revoir ce mystérieux chevalier qui lui avait, en si peu de temps, envoûté le coeur. Le lendemain, elle s'empressa d'aller tout raconter à son meilleur ami : un jeune paysan d'à peu près son âge. Secrètement amoureux d'elle, son ami l'écoutait avec peu enthousiasme, mais finit par lui adresser un léger sourire et quelque mots : « Tout cela m'a l'air merveilleux, mais fais attention, tu le connais à peine tu sais. » Naïve grimaça et lui répliqua sèchement : « Ne t'inquiète pas, il est grand, beau et doux. C'est certain qu'il est l'homme parfait! » Suite à ses paroles, elle se leva et rentra chez elle, laissant le paysan seul dans ses pensées.

Les jours passaient et Naïve, déterminée à revoir l'élu de son coeur, ne rata plus aucune occasion de se rendre au château. Ses efforts portèrent rapidement fruit et au fil de ses rencontre avec le chevalier, son coeur se remplissait de papillons et ses yeux s'illuminaient d'admiration. Les mots de celui-ci résonnaient en elle comme une douce mélodie à ses oreilles et ses gestes étaient d'un raffinement sans reproche, de quoi envahir tout son corps de frissons. Quand elle ne se trouvait pas au château avec lui, Naïve passait des heures à raconter à son meilleur ami à quel point le chevalier était parfait. De plus en plus dégoûté et jaloux, le paysan finit par répliquer : « Écoute, je pense que tu devrais te méfier de lui. Il est trop gentil, il doit cacher quelque chose de mauvais. Tu devrais te trouver quelqu'un d'autre, que tu connais mieux.» Contrariée, la jeune fille lui tourna le dos, et s'en alla sur le champs, laissant le paysan seul.

Au bout d'un mois, Naïve et le chevalier finirent par former un couple. La jeune fille s'épanouissait en fin et son regard désormais remplie d'étoiles, exprimait tout l'amour qu'elle portait pour son homme. Comblée par ses douces paroles, ses poèmes exotiques et de ses merveilleux cadeaux, elle ne pouvait s'empêcher de le vanter et d'en parler à tout son entourage. Un soir, alors que Naïve rentrait chez elle, la jeune fille rencontra une de ses amies. Tout excitée, elle lui parla de son grand amour. Cependant, elle fut stupéfaite d'apprendre que son amie se trouvait elle aussi dans la même situation. Mais plus elle écoutait sa camarade, plus elle réalisa que la description de l'homme était exactement la même que son propre amant à la chevelure rousse. Naïve réalisa rapidement qu'elles aimaient le même homme. Elle sentit alors bouillir son sang, sera les poings et dans un élan de perte de contrôle, elle giffla son amie se mit à lui hurler dessus. « Comment oses-tu me voler MON amoureux?» Irritée à son tour, sa camarade ne se gêna point non plus : « TON amoureux? Ne te crois pas en couple avec lui car il t'a écrit un poème ou deux. Cet homme, c'est le mien! » Sans rien répliqué, Naïve lui cracha sur les pieds, se leva d'un bon et reprit son chemin, refusant de croire les paroles de son amie.

Quelques jours s'écoulèrent depuis cette querelle. Naïve n'adressait plus la parole à son amie, à vrai dire elle n'y pensait plus. Ses pensées ne laissaient place qu'à son beau et parfait chevalier. Celle-ci avait décidé de lui faire une visite surprise, accompagné d'un un petit cadeau : une succulente tarte aux fruits. Une fois sur les lieux, Naïve s'approcha de la chambre de l'élu de son coeur. La porte étant entre ouverte, elle s'approcha sans faire de bruit et y jeta un oeil. Le chevalier se trouvait là, entrain d'embrasser son amie. Ce qu'elle vit l'horrifia et Naïve poussa un cri de colère et avant même que l'homme ait eu le temps de faire quoi que ce soit, il se prit son cadeau en pleine figure. Folle de rage, la jeune fille renversa quelque vases sur son passage, puis quitta le château en courant, les larmes aux yeux.

Elle resta des heures et des heures à sangloter toute seule dans la forêt. Jusqu'à ce que son ami, le paysan, la retrouve. Celui-ci la prit dans ses bras et la consola le temps qu'il fallut pour que Naïve retrouve son merveilleux sourire. C'est à ce moment que le jeune garçon prit son courage à deux mains et déclara lui sa flamme. Naïve, complètement sans mot, réalisa à ce moment que l'amour de sa vie, elle l'avait sous les yeux depuis toutes ces années. Ne sachant comment l'exprimer par les mots, elle posa sa mains sur la joues du paysan et le remercia d'un tendre baiser. « Moi aussi je t'aime » lui dit-elle ensuite, un large sourire aux lèvres et quelques larmes de joie sur ses petites joues rosées.

Les années passèrent et Naïve était toujours amoureuse du paysan. Celui-ci ne lui n'écrivait certes pas de parfaits poèmes, mais ses mots, même si ils étaient un peu maladroits, étaient sincères et venaient droit du coeur. Le chevalier lui, fut arrêté pour avoir trompé, manipulé et courtisé plusieurs de filles. Il fut même bombardé de tomates sur la place publique. Et pour finir, la jeune fille son amie se réconcilièrent après que toute la vérité fut mise au grand jour. Tout est bien qui finit bien. Naïve n’oublia jamais ce jour-là. Car elle avait trouvé le véritable amour et c'est à ce moment qu'elle apprit une grande leçon : il vaut mieux éviter les jolis chants mensongers et plutôt se fier aux doux murmures du coeur.





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