La fenêtre


Je me souviendrai toujours de cette fameuse nuit. J'avais à peine 14ans et c'était la première fois que mes parents me laissaient dormir seul à la maison. Ceux-ci étaient partis passer la nuit chez des amis dans une ville voisine. Cet événement a fait naître une peur qui réside encore en moi aujourd'hui et j'ai eu longtemps du mal à rester seul chez moi la nuit après ça. Laissez-moi vous raconter...


« Tic, tic, tic, tic, tic ». Ce léger bruit de pluie qui cogne contre ma fenêtre durant la nuit. Une mélodie agréable qui fait baigner ma chambre dans une ambiance propice à attirer le marchand de sable, pouvant m'emporter avec lui pour la nuit. Je regarde mon lieu de sommeil une dernière fois. À ma gauche, ma petite veilleuse couvre la pièce de son voile orangé et rassurant. Juste à côté, mon bureau de travail envahit la moitié du mur. Et à ma droite, ma table de chevet se tient juste à côté de mon lit, accompagnée de ma commode qui longe le mur. Puis la grande fenêtre sur le mur devant moi, juste à côté de la porte. Elle me donne une superbe vue sur le jardin. Je regarde mon réveil : 23h13. Je m'installe ensuite confortablement sur le dos, puis je ferme mes yeux. Je me laisse envahir par les sons de la nuit et envoûter par la douce mélodie de la pluie qui tape sur ma fenêtre. Le sommeil me gagne, mes muscles se détendent et mon esprit commence à rêver.

« Tic, tic, tic, tic, toc... » J'ouvre les yeux, persuadé d'avoir entendu un son perturber le rythme mélodieux de la pluie. Je fixe ma fenêtre et cherche une explication. J'espère que ce bruit rebelle se manifeste une seconde fois, mais rien. Au bout d'une dizaine de minutes, je referme mes yeux lentement. Convaincu qu'un petit objet manipulé par le vent est venu s'écraser sur ma fenêtre pour mettre fin à sa danse aérienne. Je regagne ma confiance et me détends à nouveau. Au loin, j’entends le tonnerre gronder. Un orage semble approcher, mais cela ne me gêne pas, j'ai toujours aimé ce genre d'ambiance. Je laisse à nouveau la douce mélodie de l'eau m’envoûter, laissant mourir mes préoccupations et le sommeil prendre possession de moi.

« tic, tic, tic, TOC TOC ». Un frisson parcourt mon corps comme une petite décharge électrique. Contrôlé par mon instinct, j'ouvre grand les yeux, m'assois sur mon lit et fixe ma fenêtre d'un regard attentif. Malgré les ténèbres sans fin du jardin, je cherche l’intrus qui a fait cette mauvaise blague, mais la nuit ne veut point me laisser voir en elle. Pour répondre à ma curiosité, un premier éclair illumine le jardin de sa lueur blanche. J'ai pu, malgré la courte durée, balayer du regard les lieux et y constater toute absence de vie. C'est sans aucun doute la fatigue qui s'amuse avec mes sens. Cette pensée apaise ma crainte, je fonds alors à nouveau dans mon lit, me laissant, une fois de plus, envoûter par le sommeil. En harmonie avec l'averse mélodieuse qui commence à prendre de l'ampleur, j’entends le tonnerre qui continue de râler de plus en plus. « Biiizzz. » Une panne d'électricité surgit à cause de l'orage. J'ouvre un œil et regarde ma chambre se faire conquérir par les ténèbres, puis le referme aussitôt, espérant trouver le sommeil, malgré ma peur du noir.

Je suis attentif au moindre son suspect, prêt à ouvrir l’œil en cas d’intrus qui perturberaient l'ambiance de la nuit. Les premières minutes se passent dans le calme, mais cela ne dure pas très longtemps. J’entends un puissant grondement du tonnerre, puis un son assez inquiétant : des bruits de pas venant du jardin. Mes mains s'agrippent instinctivement à mes couvertures. Mon cœur se met à battre à une vitesse folle, comme s'il voulait sortir de ma poitrine afin de sauver sa peau. C'est définitif, il y a quelqu'un qui rôde dans mon jardin. Je n'ose ouvrir les yeux, de peur de ce que ma vue pourrait me montrer. J'écoute attentivement le rythme de l'intrus. Il marche très lentement, il semble faire les cent pas. Je ne bouge plus, convaincu que le moindre son me ferait repérer. Les pas sont de moins en moins forts. Peut-être s'est-il lassé de me faire peur? Peut-être qu'il a décidé de parti... « TOC-TOC-TOC »

Ma peur prend le contrôle de mes gestes. J'ouvre grand les yeux. Je pose une main sur ma bouche, pour empêcher le moindre cri de s'échapper et recule d'un bond pour me plaquer contre le mur. Tout mon corps tremble comme une feuille perdue dans le vent et ma respiration accélère à une vitesse folle. Sans cligner des yeux, je fixe sans faillir la fenêtre et cherche la moindre forme suspecte, le moindre mouvement inexpliqué. Un puissant éclair jaillit dans le ciel et illumine une fois de plus mon jardin. J'en profite pour doubler mon attention sur les lieux, mais à première vue, je ne remarque rien d'anormal. Mais plus la foudre m'offre de sa lumière, plus je distingue une silhouette au fond du jardin. Un frisson me parcourt alors de la tête aux pieds. Est-ce mon imagination ou réellement quelqu'un? Cette fois, c'est la curiosité qui prend le contrôle de mes mouvements. À quatre pattes, je m'approche vers le bout de mon lit, espérant mieux observer et y découvrir la vérité. Je fixe la fenêtre de façon obsessive, attendant avec impatience que la foudre m'offre ses yeux. Mon cœur bat à une vitesse folle, comme si l'impatience s'en était emparée.

Mon vœu se réalise assez rapidement et un puissant éclaire illumine les lieux de sa lumière blanche. Cette forme floue et incertaine se trouve désormais plus près de la fenêtre. Je ne distingue rien d'autre qu'une masse noire sans forme précise. Mon sang se glace, je n'arrive plus à bouger, paralysé par l'horreur. Mes yeux sont grand ouverts et laissent couler des larmes de terreur sur mon visage blême comme l'éclair. Je veux fuir, mais la peur me rappelle sans cesse que la porte se trouve juste à côté de cette fenêtre maudite. L'obscurité vient de se réinstaller et mon corps regagne enfin sa liberté de mouvement. La panique et le désespoir m'envahissent et affectent ma raison. Dans un geste désespéré, je tente de me dissimuler sous les couvertures, j'espère devenir invisible aux yeux de cette chose qui se trouve devant ma fenêtre. Peut-être ne m'a t'il pas vu ? S'il n'y voit personne, peut-être que cette chose s'en ira... Mais ma lueur d'espoir disparaît rapidement car j’entends de nouveau un léger bruit bien distinct : quelqu'un essaie d'ouvrir ma fenêtre.

Je suis figé comme une statue sous mes couvertures, afin de ne pas être repéré. Je ne bouge plus, paralysé par la terreur et le désespoir. Le silence s'est à nouveau installé dans l'obscurité de la pièce, mais je n'ai aucune confiance en cette absence de bruits suspects. Je suis attentif à tous les moindres sons inquiétants. Les secondes s'écoulent comme des minutes et je sens mon coeur se déchaîner sur ma poitrine. J'ai envie de prendre la fuite, mais je ne serais probablement pas plus en sécurité dans une autre pièce. Et puis si je bouge d'ici, je cours le risque d'être... « Toc, toc, toc... ». Je sens une décharge de terreur envahir tout mon corps, ma peur cherche à s'exprimer à travers un hurlement, mais je me retiens de peine et de misère. Je sens de grosses larmes tracer leur chemin sur mes joues. Je ne sais pas quoi faire. J'ai l'impression d'entendre à nouveau quelqu'un qui essaie d'ouvrir ma fenêtre, mais l'orage et la pluie, qui se déchaînent de plus en plus, nuisent à mon ouïe attentive à cet intrus. Les minutes interminables s'écoulent et un lourd silence envahit à nouveau la chambre. Je suis incapable de rester plus longtemps dans l'ignorance de cette situation, qui envahit mon esprit des pires scénarios d'horreur. Après de longues minutes à respirer doucement afin de me calmer, je prends enfin mon courage à deux mains et sors finalement de sous mes couvertures et m'assois sur mon lit afin de poser mon regard sur ma fenêtre, pour y découvrir mon cauchemar.

Je fixe ma fenêtre malgré les ténèbres qui la rendent presque inexistante. L'obscurité m'empêche d'y distinguer quoi que ce soit. J'attends à nouveau que l'orage m'offre sa lumière. Les minutes passent et le silence trop parfait devient de plus en plus oppressant. Peut-être que cet intrus attend lui aussi que l'orage lui offre sa lumière ? Peut-être attend-il que je le voie avant de passer à l'action ? Plusieurs éclairs finissent enfin par se déchaîner dans le ciel. Mes yeux ne quittent plus ma fenêtre. À la recherche de mon cauchemar, je fixe le jardin à la recherche de cette chose qui hante ma nuit. Et c'est là, à la toute dernière seconde avant que l'obscurité ne s'installe à nouveau, que je vois quelque chose de collé à ma fenêtre. C'est un visage, beaucoup trop blanc, qui me fixe de ses yeux creux totalement blancs et vide d'humanité et d'un large sourire malsain et démoniaque. À nouveau dans les ténèbres, j'entends le tonnerre se déchaîner. Envahi par une panique sans merci, mon corps se paralyse d'un seul coup et je sens à nouveau une rivière de larmes envahir ma joue. J'entends à nouveau frapper à ma fenêtre. Ma panique prend encore de l'ampleur et commence à m'étourdir, puis un silence et une obscurité totale s'installent autour de moi. J'ai perdu connaissance, ma peur a eu raison mon corps.

J'ouvre les yeux et constate que je suis allongé dans mon lit. Je regarde autour de moi: ma veilleuse éclaire à nouveau ma chambre de son voile orangé et rassurant. Tout semble revenu à la normale. Je sens les battements de mon coeur se calmer et ma peur s'évaporer lentement. Était-ce uniquement le fruit de ma peur et de mon imagination ? Ou peut-être que je m'étais tout simplement assoupi et toute cette horreur ne fut qu'un horrible cauchemar ? Je n'en sais rien, mais au moins, le calme semble être revenu pour de bon. Envahi peu à peu par une vague de légèreté, je regarde ma chambre le sourire aux lèvres. Mes yeux se rivent ensuite vers ma fenêtre: j'y vois mon jardin, à nouveau baigné d'une noirceur ordinaire et illuminé occasionnellement par les éclairs de l'orage encore en cours. Je me sens totalement rassuré. Sans m'attarder davantage sur ce cauchemar, je tente de me lever pour aller me chercher à boire. Soudain, un léger frisson de stress m'envahit et je sens mon coeur battre de plus en plus fort. Mes yeux se dirigent vers la fenêtre de ma chambre, car j'entends un bruit familier qui me glace le sang : « Toc, toc ». Et puis, je l'aperçois une fois de plus, pendant une fraction de seconde, collé à ma fenêtre.



J'ai été dormir chez le voisin cette nuit-là, mes parents leurs avaient demandé de m'héberger si je n'arrivais pas à rester seul pour la nuit. Je leur ai inventé que j'avais une très grande peur des orages, puis ceux-ci ont accepté sans se poser de question. Je n'ai jamais su ce que c'était réellement, si j'avais vécu quelque chose de réel. Est-ce que ce n'était qu'un simple cauchemar ? Une chose est certaine: depuis ce temps, je ferme toujours les rideaux une fois la nuit tombée et mes fenêtres possèdent des verrous. Et vous, fermez-vous toujours vos rideaux avant d'aller dormir ?



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